22 octobre 2023

Mad-Suze LUCIEN

Sujet Après la lecture de l’art poétique de Nicolas Boileau, Chant 1. Vous présenterez une analyse du texte et une appréciation des vers ou strophe dont vous trouverez nécessaire.

Le XVIIe siècle en France se caractérise par l’émergence de deux grands courants littéraires : le baroque et le classicisme. C’est dans ce contexte que s’inscrit Nicolas Boileau, figure emblématique du classicisme, qui publie en 1674 son célèbre poème didactique intitulé L’Art poétique. Par cette œuvre en vers, Boileau entend défendre les principes esthétiques du classicisme, tant dans la langue que dans la poésie.

Ce poème, organisé en plusieurs chants, expose les règles que doivent suivre les écrivains soucieux de produire une œuvre conforme aux exigences de l’art classique. Parmi les valeurs promues par Boileau figurent l’amour de la raison, la clarté de la pensée, la cohérence, la patience dans le travail, le respect des règles linguistiques, ainsi que le rejet de la flatterie au profit de la critique constructive. Il insiste également sur l’importance de ne pas ennuyer le lecteur, d’éviter toute bassesse de style, et célèbre le passage de la poésie de Villon à Malherbe comme un progrès vers plus de rigueur.

Dans le premier chant, Boileau expose les préceptes généraux de l’écriture littéraire. Il critique sévèrement certains de ses contemporains, qu’il qualifie de faux poètes, soulignant que le talent ne suffit pas : le travail méthodique et la maîtrise de la langue sont essentiels. En tant que grammairien rigoureux, il fustige ceux qui méprisent les règles de la langue française, les accusant de légèreté, de paresse, et de produire des vers confus et excessifs, qu’il compare à des torrents débordants. Il les désigne ironiquement comme des « auteurs intraitables ».

Au moment où Boileau rédige L’Art poétique, le classicisme s’impose comme le modèle dominant dans le paysage artistique. Son poème ne se contente pas de poser les fondements du bon goût littéraire, il constitue aussi une leçon de morale artistique, en valorisant la mesure, la raison, et l’imitation de la nature comme voie vers la vérité et le beau. En somme, cette œuvre s’érige à la fois comme une critique des dérives poétiques de son temps, une défense des principes du classicisme, et une véritable leçon d’écriture littéraire.

Parmi ces vers, trois en particulier ont suscité mon intérêt et m'ont paru dignes d'un commentaire approfondi :

Le premier vers, « Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ; l’esprit rassasié le rejette à l’instant », invite à réfléchir sur les effets néfastes de la parole excessive. Nous nous interrogerons d’abord sur la perception sociale d’un individu qui parle trop : comment est-il vu par les autres ? Ensuite, nous analyserons les conséquences d’un tel comportement, tant sur le plan relationnel que communicationnel. Enfin, nous proposerons des pistes concrètes pour cultiver la concision et éviter les écueils du bavardage inutile.

Le second vers, « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser », pose les fondements d’une écriture réfléchie. Il s’agira d’abord de définir ce qu’est véritablement l’art d’écrire, en tant qu’expression structurée de la pensée. Ensuite, nous nous demanderons s’il suffit de posséder des connaissances sur un sujet pour pouvoir écrire avec pertinence. Enfin, nous verrons quelles démarches un écrivain doit entreprendre pour affiner son jugement et sa plume, et ainsi tendre vers l’excellence littéraire.

Le troisième vers, « Soyez vous-même un sévère critique », souligne l’importance de l’autocritique dans le processus de création intellectuelle. Nous commencerons par expliciter la notion d’auto-analyse, en la situant dans une dynamique de perfectionnement personnel. Puis, nous évaluerons dans quelle mesure il est possible d’être un critique exigeant envers soi-même tout en demeurant lucide et honnête.

Ainsi, pour mieux comprendre les exigences du classicisme selon Boileau, nous analyserons successivement la modération dans la parole, l’importance de la réflexion avant l’écriture, puis la rigueur de l’autocritique.

« Tout ce qu’on dit de trop est fade et rebutant ; l’esprit rassasié le rejette à l’instant. »
Cette maxime de Boileau pose une question essentielle sur notre manière de communiquer : ne vous est-il jamais arrivé de parler sans arrêt, au point que votre auditoire semble vous ignorer totalement ? Il arrive en effet que, sans s’en rendre compte, une personne devienne source d’ennui, simplement parce qu’elle monopolise la parole.

D’un point de vue général, on qualifie communément ce comportement d’« être loquace ». Mais en psychologie, une telle tendance peut être perçue comme un signe d’inadéquation au bon sens ou au raisonnement mesuré. Parler de manière excessive, sans discernement, n’est pas anodin : cela entraîne des répercussions aussi bien sur l’image que l’on projette que sur les rapports que l’on entretient avec autrui.

Quelles peuvent alors être les conséquences d’un tel excès verbal ? Très souvent, une personne qui parle sans arrêt finit par lasser ceux qui l’écoutent. Même si ses propos sont pertinents, ils perdent de leur valeur, car l’auditoire ne parvient plus à distinguer l’essentiel du superflu. Cette personne devient peu à peu insignifiante aux yeux des autres, perçue comme fatigante, voire même dénuée d’intérêt ou de crédibilité. Il arrive même que certains en viennent à la rejeter, par pure saturation. Comme le disait Bernard Willems : « L’excès en tout nuit. » Ainsi, la surabondance de paroles devient non seulement contre-productive, mais également nuisible à l’échange humain.

Le plus inquiétant, cependant, est que les personnes concernées n’ont souvent pas conscience de leur comportement. Elles ignorent ce que les autres perçoivent et pensent réellement d’elles.

Deux exemples concrets issus du paysage médiatique haïtien peuvent illustrer cette réalité. D’une part, l’humoriste Jimmy Danger, connu pour ses interventions dans le milieu artistique, s’est fait remarquer par ses propos souvent répétitifs, infondés ou mal placés. À force de chercher le buzz en lançant des accusations sans preuve ou en multipliant les blagues douteuses, son émission a fini par lasser. Le public, ne trouvant plus aucun renouveau ni aucune pertinence, l’a qualifié en créole de « radotè, nèg san sans lan » ».
D’autre part, Rigolo Junior, animateur de l’émission Pi lwen ke zye, a connu une belle notoriété au début des années 2010 grâce à ses idées originales et son style décontracté. Toutefois, avec le temps, le contenu de son émission s’est appauvri : les mêmes questions revenaient, les échanges perdaient de leur fraîcheur. Le public s’est détourné, jugeant ses interventions redondantes et sans saveur.

Ces deux cas révèlent une vérité : parler trop ou sans se renouveler peut rapidement rendre un discours fade, ennuyeux, voire rebutant. Même les idées les plus intéressantes perdent leur éclat lorsqu’elles ne sont pas présentées avec mesure et clarté.

Pour éviter de tomber dans cet écueil, il convient d’abord de prendre conscience de sa propre tendance à parler sans arrêt. Cette lucidité est la première étape vers une parole plus maîtrisée. Ensuite, il est essentiel de canaliser ses propos, de réfléchir à leur pertinence, d’éviter les répétitions inutiles ou les pléonasmes, et d’enrichir son discours sans l’alourdir. Demander un retour sincère à ses proches peut également être une aide précieuse pour ajuster sa manière de s’exprimer.

Le deuxième vers, « Avant donc que d’écrire, apprenez à penser », soulève une question essentielle : qu’est-ce que l’art d’écrire ? L’art d’écrire, c’est bien plus que l’acte mécanique de rédiger des phrases. Il s'agit de choisir judicieusement ses mots, d’organiser ses idées de manière cohérente et d’arriver à transmettre un message clair et précis. L’écriture, bien que parfois perçue comme un art unidimensionnel, engendre une réalité multidimensionnelle dans l’esprit du lecteur, créant des impressions, des réflexions et des émotions. C’est cette capacité à faire naître l’admiration et l’adhésion qui en fait une forme d’art à part entière.

Partant de cette définition, peut-on simplement écrire sur un sujet que l’on croit connaître ou sur lequel on a entendu parler ? Non, car l’écriture exige bien plus que la simple restitution d’idées reçues. Pour rédiger avec maîtrise, il faut disposer de solides compétences rédactionnelles. Cela implique non seulement la maîtrise de la langue et de ses règles, mais aussi une capacité à s’adapter aux multiples techniques d’écriture, à utiliser des astuces stylistiques et à intégrer des connaissances approfondies sur le sujet traité. La véritable qualité de l’écrivain réside dans sa capacité à transmettre ses idées de manière claire, tout en maintenant l’intérêt du lecteur. L’acquisition de ces compétences demande une méthode rigoureuse et un travail assidu.

Il est vrai que certains semblent être naturellement doués pour l’écriture, mais cela ne dispense personne de suivre les règles et de travailler avec rigueur. Par exemple, je connais une personne, soi-disant journaliste, qui rédige des articles sur divers sujets sans jamais prendre le temps de mener des recherches approfondies ou de réfléchir sérieusement au sujet. Parfois, elle se contente de poser des questions à d'autres ou d’utiliser des outils comme ChatGPT pour accomplir son travail. De nos jours, il est fréquent de croiser des individus qui se prétendent journalistes, mais qui sont loin de l’être véritablement, particulièrement dans un contexte où Internet a modifié les standards de l’information. Tout cela pour souligner qu’écrire sur un sujet demande plus que de simplement donner son opinion. Il faut d’abord maîtriser le sujet, afin de captiver le lecteur, de l’immerger dans le récit, et de lui offrir une expérience enrichissante. C’est là toute la subtilité de l’art de l’écriture.

Pour devenir un bon écrivain, il ne suffit pas d’écrire : il faut avant tout apprendre à penser clairement. Il est essentiel de savoir réfléchir profondément, d’exercer sa créativité, d’imaginer de nouvelles idées et d’explorer son esprit pour trouver des concepts originaux et authentiques. Ces idées doivent ensuite être retranscrites avec élégance et finesse, dans un style qui nous est propre. Cela exige non seulement du temps et des années d’expérience, mais aussi un travail constant d’amélioration. Comme Boileau l’a justement exprimé : « Quoi que vous écriviez, évitez la bassesse ». L’écrivain doit toujours s’efforcer de rester fidèle à l’excellence, tant dans ses idées que dans la manière dont il les exprime.

Le troisième vers, « Soyez-vous-même un sévère critique », nous invite à réfléchir sur la notion d’auto-analyse. Mais avant d’aborder ce vers, il convient de définir ce qu’implique l’auto-analyse. Il s'agit d’une pratique introspective qui consiste à évaluer ses propres pensées, actions, émotions, ainsi que ses relations avec soi-même et avec les autres. L'auto-analyse permet de mieux comprendre qui nous sommes véritablement, en mettant en lumière nos compétences, nos qualités, nos défauts, nos valeurs et nos croyances.

Analyser soi-même revient à faire un « check-up » général de sa personne. C’est une démarche qui vise à évaluer en profondeur ce que nous sommes et ce que nous pouvons changer ou améliorer en nous-mêmes. Par exemple, face à une situation nouvelle et inattendue, dont vous n’avez pas l’habitude, il se peut que votre réaction soit difficile à expliquer. L’auto-analyse est alors un moyen efficace de comprendre vos émotions et vos comportements : pourquoi réagissez-vous ainsi ? Ce processus permet de mieux cerner votre personnalité et vos mécanismes internes, et de comprendre les raisons de vos réactions. En somme, l'auto-analyse constitue une forme d’introspection, une réflexion profonde sur soi-même.

Alors, en vous livrant à cette introspection, pouvez-vous être un sévère critique envers vous-même ? La réponse est affirmative. L’auto-critique consiste à dissocier les aspects positifs et négatifs de vos comportements et de vos attitudes, à porter un jugement objectif sur vous-même, tout en mettant de côté votre ego. Cela implique de scruter vos actions et décisions dans leur ensemble, d’accepter vos limites et d’examiner honnêtement les domaines dans lesquels vous pouvez vous améliorer. Être un critique sévère envers soi-même ne signifie pas uniquement pointer les défauts ; il s’agit également de reconnaître ses réussites, de comprendre les raisons de ses succès et d’en tirer des enseignements pour progresser. Cette pratique est essentielle non seulement pour évoluer dans la vie personnelle, mais aussi pour exceller dans le milieu professionnel. En sociologie, on affirme que l’autocritique est un moyen de régulation personnelle et professionnelle.

Prenons l’exemple de la marque Fenty de Rihanna, qui vend des produits cosmétiques, des parfums, des lingeries, etc. À la fin de l’année 2019, elle a lancé une ligne de vêtements de luxe pour femmes. Cependant, à la fin de l’année 2020, elle a constaté une grande perte et des résultats décevants. Plutôt que de persister dans cette voie, Rihanna et son équipe ont pris du recul pour analyser la situation. Après un examen approfondi, ils ont fait une autocritique sévère de leurs produits : ils ont réalisé que les vêtements de luxe étaient trop chers pour leur clientèle cible, que les prix étaient excessifs par rapport à ceux d'autres marques de luxe. Cette prise de conscience leur a permis d’accepter que, dans ce domaine particulier, ils étaient encore novices. Ils ont ainsi reconnu leur erreur, accepté l’échec et redéfini leur stratégie. Ils ont ensuite poursuivi le développement de produits Fenty à prix plus abordables, qui correspondaient davantage aux attentes de leurs clients. Comme l’a dit Nicolas : « Parfois, il faut ajouter, mais souvent, il faut effacer. » Cette philosophie d’adaptation et d’évolution est exactement ce qu’ils ont mis en pratique.

En résumé, dans le premier vers, nous avons constaté que parler excessivement conduit souvent à l’indifférence et au rejet. Pour éviter cela, il est essentiel de prendre conscience de son propre comportement, d’être attentif à ne pas faire de pléonasmes inutiles, afin que nos paroles ne soient pas perçues comme ennuyeuses ou rebutantes. Dans le deuxième vers, nous avons abordé l’art d’écrire, qui consiste à structurer ses phrases avec élégance dans le but de captiver le lecteur. De plus, devenir un bon écrivain ne se limite pas à transmettre des informations ou des opinions. Il s’agit avant tout de posséder une véritable capacité rédactionnelle, de maîtriser les règles de la langue et d’apprendre à penser de manière rigoureuse pour émouvoir le lecteur et l’immerger dans l’écriture. Enfin, dans le troisième vers, nous avons exploré la pratique de l’auto-analyse, qui consiste à évaluer ses pensées et ses actions afin de mieux comprendre qui nous sommes véritablement. Cette démarche s’accompagne de l’autocritique, qui permet de discerner ses forces et ses faiblesses, d’être honnête avec soi-même et d’accepter ses erreurs pour continuer à progresser et à s’améliorer sans cesse.

Critères et modalités d’évaluation

Discours 2, est évalué sur la forme et le fond c’est-à-dire les composantes de l’analyse critique.

  • Utilisation de pupitre
  • Utilisation de document
  • Durée de chaque présentation : 20 minutes maximum + 10 mn d’échange
  • Public : 30+ personnes

Evaluateur écrit et oral

Chargé d’analyser, de juger et de commenter les productions des apprenants dans le cadre de ce travail

🎯 Ses principales missions sont :

  1. Analyser le fond et la forme du travail présenté, en tenant compte des objectifs pédagogiques, des consignes données et du niveau d’étude.
  2. Mesurer la maîtrise des connaissances, la clarté des idées, la cohérence de l’argumentation, la qualité de la langue (orthographe, grammaire, syntaxe).
  3. Évaluer les compétences orales, telles que la diction, la gestion du temps, la posture, l’articulation, le regard, la fluidité du discours, et la capacité à convaincre ou à expliquer.
  4. Formuler un retour constructif, souvent sous forme de grille d’évaluation, de note chiffrée et de commentaires qualitatifs.
  5. Encourager le progrès, en soulignant à la fois les points forts et les axes d’amélioration.

Wandy CHARLES, Journaliste/Professeur

Brunache Wilberge, Toastmasters/Ecomomiste

Isaac LINDOR, Juriste/Enseignant

10, Imp. André Canal, Route de Frères, PV, Haïti
246, Frères 24, Route de Frères, PV, Haïti
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